FORMATION POUR LA LIBERATION DES FEMMES : 18 mois de sororité et de transformation
Pendant 18 mois, plusieurs femmes se sont retrouvées, écoutées, soutenues et relevées. Issues de différentes communautés, engagées dans des luttes locales, ces femmes ont participé à une formation pas comme les autres : un espace de transformation profonde, à la fois personnelle, collective et politique.
Cette expérience, portée en Côte d’Ivoire par WoMin African Alliance en partenariat avec JVE-Côte d’Ivoire, s’inscrit dans une dynamique panafricaine.
À travers plusieurs pays du continent, des femmes se sont engagées simultanément dans ce processus de formation pour la libération des femmes, partageant une même vision : celle d’un monde plus juste, où leurs voix comptent et où leurs droits sont respectés.
Se rencontrer, se reconnaître
Dès les premiers modules, quelque chose d’essentiel s’est construit : la confiance ; l’un des principes fondamentaux d’un mouvement écoféministe.
Venues d’Aboisso, de Singrobo, de Sassandra et d’ailleurs, les participantes ne partageaient pas seulement des territoires, mais aussi des réalités communes ; accaparement des terres, impacts des projets extractifs, marginalisation dans les prises de décision… autant d’expériences qui, ont révélé une histoire collective.
Dans cet espace, la parole s’est libérée, les vécus, parfois douloureux, ont été accueillis sans jugement et peu à peu, une sororité s’est tissée, forte, et sincère.
Guérir ensemble
La formation n’a pas seulement été un lieu d’apprentissage ; elle a été aussi un espace de guérison.
À travers des thématiques comme la cartographie du corps, les participantes ont exploré leurs histoires personnelles, leurs blessures, mais aussi leurs forces. Elles ont questionné les systèmes qui les oppriment à savoir le patriarcat, le colonialisme, le capitalisme tout en se reconnectant à elles-mêmes et aux autres.
Elles ont compris que, Guérir ensemble, c’est reconnaître que les blessures ne sont pas individuelles, mais souvent collectives. Et que la reconstruction passe par le lien, par l’écoute, et par la solidarité.
Cette approche reconnaît que les luttes ne sont pas uniquement politiques ou économiques, mais aussi profondément humaines. Se reconstruire devient alors un acte de résistance.
On ne parle pas souvent de nos douleurs, mais pendant les exercices, j’ai pu exprimer des choses que je gardais depuis longtemps et cela m’a libérée. »
Une participante
Apprendre pour agir
Au fil des mois, les femmes ont renforcé leurs capacités sur des enjeux essentiels : leadership féminin, gestion de conflits, écoféminisme, agroécologie, pouvoir et organisation collective.
Mais au-delà des concepts, c’est une autre manière d’être et d’agir qui a émergé. Une manière ancrée dans la coopération plutôt que la compétition, dans le collectif plutôt que l’individuel.
Elles ne sont pas seulement reparties avec des connaissances, mais avec une conscience renforcée de leur rôle dans leurs communautés et dans les luttes qu’elles mènent.
Une solidarité sans frontières
Cette formation a dépassé les frontières nationales. À l’échelle du continent, d’autres femmes vivaient conjointement la même expérience, partageaient les mêmes espoirs et les mêmes combats.
Ce lien s’est concrétisé lors d’un rassemblement panafricain au Mozambique. Un moment fort, où les participantes ont pu se rencontrer, échanger, témoigner et surtout se reconnaître dans leurs luttes respectives.
Ce rassemblement a marqué une étape importante : celle du passage d’expériences locales à une alliance plus large. Une alliance de femmes décidées à se soutenir, à apprendre les unes des autres et à construire ensemble des alternatives.
« Au Mozambique, j’ai compris que notre combat dépasse nos villages. D’autres femmes vivent les mêmes réalités. Nous ne sommes pas seules. »
Nadège, participante du Cameroun
Ubuntu: je suis par ce que nous sommes
Au cœur de cette expérience se trouve une philosophie : Ubuntu. Une manière de voir le monde qui place l’humain, le lien et l’interdépendance au centre.
Pendant ces 18 mois, Ubuntu n’a pas été qu’un concept. Il a été vécu, incarné dans les regards échangés, dans les silences partagés, et dans les mains tendues.
C’est cette force du collectif qui a permis aux participantes de tenir, de grandir, et de se transformer.
Et maintenant?
La formation s’est achevée à Grand-Lahou, en mars 2026, marquant la fin d’un cycle, mais certainement pas la fin de l’histoire.
Car ce qui a été construit dépasse largement le cadre de ces 18 mois. Les liens créés, les prises de conscience, les engagements pris continueront de vivre dans les communautés, dans les organisations, dans les luttes.
Elles sont désormais plus que des participantes à une formation. Elles sont un réseau, une force. une voix collective.
Ensemble, elles sont plus fortes. Et ensemble, elles continueront à avancer, à résister et à construire.
Article rédigé par nos jeunes volontaires
JVE Côte d'Ivoire.
